Il y a plus de quarante ans, un jeune cinéaste anglais filmait une famille baka de l’Est du Cameroun. Vingt-cinq ans plus tard, il revient chercher la petite fille née pendant le tournage. Le film qui en est né sera présenté le 16 novembre 2026 au Palais des Congrès de Yaoundé. Entrée gratuite, sur inscription.
L’histoire de ce film est d’abord celle d’une rencontre. Il y a un peu plus de quarante ans, Phil Agland, un Anglais, très jeune à l’époque, rencontre une famille baka à Masséa (Région de l’Est, au Cameroun).

Lundi 16 novembre 2026, à 16:30, au Palais des Congrès de Yaoundé. Entrée gratuite, sur inscription : chaque personne reçoit son billet d’invitation avec un QR code.
Une petite fille nommée « Kamera »
Cette première rencontre a donné lieu à un premier documentaire. Sa préparation avait duré deux ans. Pendant le tournage, une petite fille est née dans la famille qui accueillait le cinéaste. Comme il portait sa caméra comme on porte un bébé, la mère de l’enfant lui a donné le nom de l’objet qui avait bercé son quotidien : elle l’a appelée « Kamera ». Le film est sorti et a connu un grand succès.
Vingt-cinq ans plus tard, le cinéaste Phil Agland est invité à repartir à l’Est, avec une mission d’une simplicité désarmante : retrouver la petite fille née pendant le tournage, et découvrir ce qu’elle est devenue. C’est à ce moment-là qu’il rencontre Samuel Nguiffo, secrétaire général du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), qui travaillait depuis longtemps sur les peuples autochtones, les Baka et les autres. Séduit par l’idée, il s’associe à la recherche. De cette collaboration naîtra un second film.
Ce film sera projeté une seule fois à Yaoundé, le lundi 16 novembre 2026 à 16:30. L’entrée est gratuite, mais chacun doit réserver sa place : c’est votre inscription qui vous donne votre billet d’invitation.
Ce que vingt-cinq ans avaient changé
Ce que les deux hommes trouvent en revenant n’est pas ce qu’ils cherchaient. Vingt-cinq ans plus tôt, la vie des Baka en forêt était beaucoup plus heureuse. Il n’y avait pas encore l’exploitation forestière, la mine, les grandes plantations. Ces activités ont, par endroits, séparé le peuple baka de la forêt. Elles ont appauvri la forêt et les ont privés de leurs moyens de s’épanouir, comme de ceux d’affirmer l’authenticité de leur culture.
La famille filmée vingt-cinq ans plus tôt n’était plus au même endroit. Elle s’était éclatée : destruction du milieu de vie, relations plus tendues avec les voisins, arrivée de nombreux « étrangers » menant des activités sans considération pour leurs droits. L’alcool était entré dans les villages. Samuel Nguiffo ne présente pas cela comme une particularité baka : c’est une constante chez les peuples opprimés, observée aussi chez d’autres peuples autochtones, dans d’autres pays.
« Nous ne savons plus qui nous sommes. Nous ne sommes pas totalement dans la modernité, et nous ne sommes plus dans nos traditions. Nous sommes quelque part au milieu. » — Kamera
Les Baka le disent eux-mêmes dans le film : leur culture se perd. Beaucoup de jeunes se rapprochent du mode de vie que la télévision présente comme l’idéal de la vie moderne ; ils changent de manière de s’habiller, perdent progressivement la langue et, très largement, les savoirs traditionnels. Ils savent aussi pourquoi : la forêt a totalement changé, et elle est partie avec leur culture. C’est cela, le message du film.
La marche vers l’Est
Il restait à chercher une piste d’espoir. Elle vient de leur discussion interne, et elle devient le cœur du film : aller retrouver d’autres Baka, ailleurs, qui savent encore, et qui pourraient les aider à regagner leur savoir.
Ils cherchent les endroits où la forêt est encore assez riche et où les modes de vie sont restés proches de ce qu’ils étaient. Cette marche vers l’Est les conduit jusqu’en République centrafricaine. Un Baka parti du Cameroun il y a plus de quarante ans, qui y a fondé une famille, parle encore leur langue et sert d’interprète entre les Baka venus du Cameroun et les Baka centrafricains. Le voyage devient un retour aux sources : qui étions-nous, et pouvons-nous retrouver cette identité chez nos frères restés dans un milieu encore riche ?
En bonus ce jour-là, vous aurez droit à une exposition exceptionnelle dédiée à la culture baka, et à la présentation du réseau social des peuples autochtones d’Afrique (OPAF).
D’où vient le titre « Je te vois dans mes rêves » ?
Le père de la famille de Kamera, le chef, est mort. C’était lui qui transmettait le savoir, lui qui protégeait. Ses enfants pensent que les choses auraient peut-être été différentes s’il avait vécu un peu plus longtemps et leur avait transmis son savoir-faire. Le titre du film est une phrase de son fils aîné :
« Je te vois dans mes rêves. Mais le matin, quand je me réveille, tu n’es pas là. Et ça arrive tout le temps. »
Celui qu’il voit dans ses rêves, c’est l’homme qui aurait pu l’aider à devenir un vrai Baka, comme lui-même l’était.

Pour regarder le film le 16 novembre au Palais des Congrès, inscrivez-vous dès maintenant. Les places sont limitées. Chaque personne reçoit son propre billet d’invitation avec un QR code, et vous pouvez inscrire vos accompagnants en même temps.
Un peuple qu’on ne connaît pas
Les Camerounais connaissent peu les communautés autochtones. Leur voix n’est pas entendue au niveau national, et l’on en a une image très fausse : on leur applique un terme péjoratif, « les Pygmées », qui n’est en réalité le nom d’aucun peuple, alors qu’elles ont des noms très clairs : les Baka, les Bagyeli, les Bedzang, chez les peuples autochtones des forêts.
Or ces peuples pourraient être la réponse à plusieurs questions, pour le Cameroun et pour l’humanité, à partir de leurs savoirs traditionnels. Comment survivre en milieu hostile sans tout ce que la technologie nous a apporté ? Nous ne savons pas le faire. Les Baka savent le faire : c’est leur quotidien.
Samuel Nguiffo, au micro de la webradio LPA, nous a raconté l’histoire d’un ami, professeur d’anthropologie au Brésil, souffrant d’hypertension. Lors d’une visite dans une communauté baka de l’Est du Cameroun, il avait reçu d’un homme une bouteille de remède à boire pendant un mois. De retour au Brésil, il avait affirmé être guéri, selon son récit. Un an plus tard, il était revenu au village : l’homme était décédé, et personne n’avait appris à guérir les pathologies comme il le faisait.
C’est bien sûr le récit d’un cas unique : il n’établit pas nécessairement qu’un remède baka guérit l’hypertension. Ce qu’il montre plutôt, c’est qu’un savoir est parti avec l’homme qui le détenait. Chaque jour qui passe emporte de nouvelles connaissances, parce qu’on laisse partir des personnes du troisième âge avec leur savoir.
Chercher des solutions plutôt qu’un coupable
Aucune volonté délibérée de nuire à la culture baka n’est en cause : c’est la conjonction de plusieurs activités qui produit la réalité observée. Une mine parfois très peu contrôlée, une exploitation forestière qui se développe, y compris illégalement, et des projets menés sans concertation. Plutôt que de chercher un coupable, le film invite à chercher des solutions : arrêter la destruction anarchique et rapide de la forêt, puis la restaurer, en tenant compte du fait qu’elle est le milieu de vie des communautés baka et le centre de leur richesse culturelle.
Est-il trop tard ? Non. Il y a des pertes définitives, mais on peut encore rattraper ce qui peut l’être : cesser de perdre, et construire un schéma qui valorise véritablement ces savoirs, ces personnes, cette culture.
Venez en débattre pendant la projection. Réservez votre place, puis partagez votre affiche « Je serai là ! » pour inviter vos proches à s’inscrire à leur tour.
Un film qui a été fait avec et par les Baka
Le film a été tourné dans l’Est du Cameroun par le réalisateur anglais Phil Agland (River Films), arrivé au Cameroun il y a une cinquantaine d’années. C’est lui qui a fait les images. Coproduit par le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), le film a été écrit avec Kamera Mindo Bernadette, Bodja Francis Igor et Bilounga Jorel : les Baka n’en sont pas le sujet, mais les auteurs. Il est soutenu par l’UNESCO, le MINAC (ministère des Arts et de la Culture), le MINAS (ministère des Affaires sociales), HealthCare et la Packard Foundation.
À Douala, une première projection au cinéma Eden a réuni plusieurs spectateurs, dont des professionnels. Beaucoup ont dit qu’ils ne connaissaient pas cette culture si riche du peuple baka de l’Est du Cameroun ; ils affirment à l’unanimité avoir voyagé dans un pays extraordinaire, un pays si beau : le Cameroun. Quarante ans d’histoire, quarante ans d’images : vous découvrirez tout lors de notre rendez-vous le 16 novembre 2026 à 16:30 au Palais des Congrès de Yaoundé.
Réserver ma place
Fiche techniqueJe te vois dans mes rêves, un film de Phil Agland
Réalisation et production
| Image, réalisation et production | Phil Agland |
|---|---|
| Producteur exécutif | Samuel Nguiffo |
| Assistant réalisateur | Bodja Francis Igor |
| Coordination de production | Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) |
| Supervision de production | Gilles Raymond Nguimbond |
| Producteurs | David Hamlin, Carole Tomko |
| Producteur exécutif | Rajeev Philip |
| Producteurs exécutifs | Bill Hamlen, Rowena Hamlen, Brandon Blatt, Debra Pelletiere |
| Coproducteurs exécutifs | Dave Loevinger, Katherine Loevinger |
Écriture et communauté baka
| Écrit en collaboration avec | Kamera Mindo Bernadette, Bodja Francis Igor, Bilounga Jorel |
|---|---|
| Traductions | Bodja Francis Igor, Simon Hoyle, Ngombo Isaac, Bilounga Jorel |
| La communauté baka | Kamera Mindo Bernadette, Ambi Honorine, Alime Jean, Yéyé Moïse, Deni Antoinette, Guina Divine, Bodja Francis Igor, Akade le Père, Akade le Fils, Bilounga Jorel, Kemambou Yvette, Ndjaiouii, Kabe Jean, Zckadouma, Souka Francky, Bibi Pascal, Nguenguendo, David Dacko, Awouma Petit Jean, Kombo Pierre, Ngangolo Richard, Ngombo Isaac |
| Conseillers scientifiques | Simon Hoyte, Jerome Lewis, Carolyn Jost Robinson |
| À la mémoire de | Regis Priso Essawe, Victor Amougou, David Hoyle |
Montage, musique et son
| Coproducteur et chef monteur | Jon Walker |
|---|---|
| Montage | Phil Agland, Jon Walker |
| Musique | George Fenton |
| Musiciens (tambours, voix) | Les Baka |
| Guitare ngombi | Chief Dacko |
| Flûtes | Andy Finden |
| Percussions | Roy Cooper |
| Montage son | Tim Owens |
| Mixage | Ben Peace |
Affiche et soutiens
| Affiche du film | Giovanny Engamba |
|---|---|
| Avec le soutien de | UNESCO, MINAC (ministère des Arts et de la Culture), MINAS (ministère des Affaires sociales), UK HealthCare, The David & Lucile Packard Foundation |


Commentaires