Dans le cadre des réflexions sur la réforme foncière au Cameroun, un atelier d’échanges a été organisé avec les peuples autochtones Mbororo afin de mieux comprendre leurs réalités, leurs pratiques traditionnelles de gestion des terres et les défis auxquels ils sont confrontés aujourd’hui.
Les discussions ont permis de revenir sur le système traditionnel de gestion des ressources chez les Mbororo. Historiquement, la terre, l’eau et les pâturages étaient considérés comme des biens communs, accessibles à tous selon des règles coutumières fondées sur l’usage, la mobilité et le respect des équilibres communautaires. L’autorité traditionnelle jouait un rôle central dans l’organisation des occupations, la prévention des conflits et la gestion des ressources naturelles.




Cependant, les mutations sociales, l’urbanisation, l’insécurité, les changements climatiques, la pression démographique et la réduction des espaces pastoraux ont profondément transformé ces pratiques. La transhumance, qui constitue un élément identitaire majeur pour les communautés Mbororo, est aujourd’hui fragilisée par l’altération des couloirs de passage, la conversion des terres pastorales, les projets d’aménagement, les aires protégées, les exploitations minières et les conflits liés à l’utilisation des ressources naturelles.
Au cours de l’atelier, les participants ont souligné que les terres pastorales ne se limitent pas aux espaces de pâturage. Elles comprennent également les campements, les points d’eau, les couloirs de transhumance et l’ensemble des zones nécessaires à la survie du bétail et au maintien du mode de vie pastoral. Leur disparition ou leur transformation sans consultation des communautés affecte directement les moyens de subsistance, l’identité culturelle et la sécurité des peuples autochtones de la savane.

Les échanges ont également mis en lumière plusieurs problèmes majeurs : l’accaparement des terres, la faible participation des chefferies Mbororo à l’administration foncière, la superposition des usages, les conflits agropastoraux, la marginalisation des éleveurs dans les instances de décision, la faible indemnisation dans les projets affectant leurs espaces, ainsi que l’absence de restauration des sites dégradés.
Face à ces défis, les participants ont formulé plusieurs recommandations fortes. Ils appellent notamment à la reconnaissance des droits coutumiers des chefs Mbororo, à la démarcation claire des terres pastorales et agricoles, à l’inclusion des pasteurs dans les mécanismes de gestion des conflits, à la reconnaissance juridique des terres pastorales, à la restauration des espaces dégradés et à la mise en place d’outils de planification foncière tenant compte des réalités du pastoralisme.

Cet atelier a ainsi permis de documenter des savoirs, des préoccupations et des propositions essentielles pour une réforme foncière plus juste, plus inclusive et plus adaptée aux réalités des peuples autochtones de la savane. Il rappelle que la sécurisation des droits fonciers des communautés pastorales est une condition indispensable pour préserver la paix sociale, protéger les moyens de subsistance et garantir une gestion durable des terres.
Le même travail de documentation, de dialogue et de formulation des priorités a également été mené avec les peuples autochtones de la forêt. L’article consacré à ces échanges est disponible sur le site web.