Le 30 décembre 2026, une cargaison de cacao camerounais qui n’aura pas prouvé qu’elle ne provient pas d’une parcelle déboisée pourra rester bloquée aux portes du marché européen. Ce n’est plus une hypothèse lointaine : c’est l’échéance concrète du Règlement de l’Union européenne contre la déforestation, le RDUE.
Pour aider les organisations de la société civile, les filières agricoles et les institutions d’Afrique centrale à s’y préparer, le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) et l’organisation européenne FERN ont réuni, le 12 juin 2026, plus de soixante acteurs autour d’un webinaire bilingue : « RDUE : ce qui change & ce que ça change pour nous en 2026 ».
Une heure d’échanges, animée par Indra Van Gisbergen (FERN), pour transformer un texte réglementaire dense en une feuille de route lisible — et surtout, actionnable.
Le RDUE, de quoi parle-t-on exactement ?
Le RDUE (Règlement européen sur les produits zéro-déforestation) interdit la mise sur le marché de l’Union européenne de produits issus de terres déboisées ou dégradées après le 31 décembre 2020. Sept matières premières sont concernées : le cacao, le café, le bois, l’huile de palme, le soja, le caoutchouc et le bétail, ainsi que leurs produits dérivés.
Concrètement, chaque opérateur devra démontrer, données de géolocalisation à l’appui, que sa marchandise est à la fois « zéro déforestation » et conforme à la législation du pays d’origine. Pour des pays exportateurs comme le Cameroun, dont le cacao et le café irriguent des milliers d’exploitations familiales, l’enjeu est considérable.
Un calendrier resserré — décembre 2026, juin 2027
Le message le plus important du webinaire est limpide : le calendrier est maintenu. Les grandes entreprises devront se conformer au RDUE à partir du 30 décembre 2026, et les micro et petites entreprises à partir du 30 juin 2027.
Quelques ajustements ont été confirmés. Le café soluble entre désormais dans le champ d’application du règlement, tandis que le cuir pourrait en être exclu. Un acte délégué de la Commission européenne, attendu prochainement, viendra préciser plusieurs points techniques, et un répertoire législatif de référence devrait être publié à l’automne 2026. Autrement dit : le cadre se stabilise, et le temps de la préparation, lui, se réduit.
Cacao, café, foncier — ce que le Cameroun a vraiment dans le viseur
Au-delà de la règle européenne, le webinaire a remis les réalités camerounaises au centre du débat. Plusieurs chantiers déterminent la capacité du pays à rester dans la course :
- la légalité des productions, articulée au processus APV-FLEGT et au système de vérification de la légalité ;
- la traçabilité des filières, où l’expérience du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) constitue un atout ;
- la question foncière, car prouver l’origine d’un produit suppose des droits clairs sur la terre — un sujet au cœur du mandat du CED ;
- enfin, l’agroécologie, comme voie pour concilier revenus des producteurs et préservation des forêts.
Ces enjeux ne sont pas théoriques : ils engagent l’avenir économique de communautés entières, du Centre du Cameroun jusqu’aux bassins de production de la sous-région.
Société civile et entreprises — agir dès maintenant
Le webinaire s’est conclu sur des pistes d’action concrètes. Pour les organisations de la société civile, il s’agit d’informer les producteurs, de documenter les réalités de terrain et de peser dans le dialogue entre l’Union européenne et les États producteurs. Pour les entreprises et les filières, l’urgence est de cartographier leurs chaînes d’approvisionnement, d’investir dans la géolocalisation des parcelles et de sécuriser les preuves de légalité avant l’échéance.
Le fil conducteur : ne pas subir le RDUE, mais en faire un levier pour une production forestière plus juste et plus durable.
Un webinaire, 62 participants, une dynamique sous-régionale
La mobilisation parle d’elle-même. 62 personnes se sont inscrites et une trentaine ont suivi la session en direct. La participation a confirmé l’ancrage régional de l’initiative : près de 85 % des participants venaient du Cameroun, aux côtés de représentants du Congo-Brazzaville, de la Belgique et des États-Unis. Les organisations de la société civile y étaient majoritaires, aux côtés d’institutions publiques, d’acteurs du secteur privé et de médias.
Cette diversité, du local à l’international, illustre une conviction qui guide le CED : les réponses aux défis forestiers se construisent ensemble, par-delà les frontières.
Le RDUE arrive, et l’anticipation fait toute la différence. Suivez le CED pour accéder aux prochaines ressources, replays et rendez-vous consacrés au règlement européen et au foncier en Afrique centrale — et partagez cet article avec un producteur, une coopérative ou un partenaire qui doit s’y préparer. Pour rester informé , rejoignez notre chaine Whatsapp.
Ressources
Photos




