Dans le cadre du processus de réforme foncière au Cameroun, une consultation a été organisée avec les peuples autochtones de la forêt afin de documenter leurs réalités, leurs pratiques traditionnelles de gestion de la terre et les défis auxquels ils font face dans l’accès, l’utilisation et la sécurisation de leurs territoires.
Les échanges ont permis de rappeler que, dans la conception traditionnelle des peuples autochtones de la forêt, la terre, la forêt et les ressources naturelles appartiennent à la communauté dans son ensemble. Historiquement nomades, ces communautés organisaient leur occupation de l’espace selon les saisons, la disponibilité des ressources, les besoins de subsistance et les décisions prises par les chefs de campement et les anciens. La forêt constituait ainsi un espace de vie, de transmission culturelle, de spiritualité, de chasse, de cueillette, de pharmacopée et d’installation temporaire.



Cependant, les participants ont souligné que cette gestion traditionnelle est aujourd’hui fortement fragilisée. La réduction des espaces forestiers accessibles, l’extension des concessions forestières, minières et agro-industrielles, les projets d’infrastructures, la pression des communautés riveraines et la primauté du droit foncier formel sur les droits coutumiers limitent progressivement l’accès des peuples autochtones de la forêt à leurs terres ancestrales.
Les discussions ont également mis en évidence plusieurs problèmes majeurs, notamment l’accaparement des terres coutumières, l’absence de consultation préalable dans les investissements fonciers à grande échelle, la non-reconnaissance des formes traditionnelles de mise en valeur, l’insécurité foncière et la marginalisation des autorités traditionnelles autochtones dans les mécanismes de gestion foncière.
Ces dynamiques ont des conséquences profondes sur les communautés. Les femmes rencontrent davantage de difficultés pour accéder aux produits forestiers nécessaires à la subsistance des familles. Les jeunes perdent progressivement leurs repères culturels, tandis que les anciens, pourtant détenteurs des savoirs et de la mémoire communautaire, sont de plus en plus exclus des décisions qui concernent leurs territoires.

Face à ces constats, les participants ont formulé plusieurs recommandations fortes. Ils appellent notamment à l’adoption d’une loi spécifique sur les peuples autochtones, à la reconnaissance de leurs formes de mise en valeur immatérielle, à la mise en place d’un système d’indemnisation adapté, à la délimitation et à la sécurisation de territoires spécifiques, ainsi qu’à l’application effective du consentement libre, informé et préalable dans les processus fonciers.
Cette consultation a permis de faire émerger une vision claire : une réforme foncière réellement inclusive doit reconnaître la relation particulière que les peuples autochtones de la forêt entretiennent avec leurs terres, leurs ressources et leurs lieux de mémoire. Elle doit aussi garantir leur participation effective aux décisions qui affectent leurs territoires et leurs modes de vie.
À travers cette activité, la Coalition Foncière Nationale poursuit son engagement en faveur d’une gouvernance foncière plus juste, plus inclusive et plus respectueuse des droits des communautés historiquement marginalisées.

Le même travail de documentation, de dialogue et de formulation des priorités a également été réalisé avec les peuples autochtones de la savane, notamment les communautés Mbororo. L’article consacré à ces échanges est également disponible sur le site web.