À l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, la Coalition Foncière Nationale (CFN) a pris part à l’organisation d’un espace d’échanges et de sensibilisation consacré aux droits fonciers des femmes. Cette initiative, organisée aux côtés de l’Association des Jeunes Experts sur les Questions Foncières (AJEF), avec l’appui d’associations partenaires telles qu’Elite Futur et Women Empowerment in Africa, s’inscrivait dans une volonté commune : replacer les femmes au cœur du débat sur la réforme foncière en cours au Cameroun.
L’activité s’est tenue dans le cadre d’un webinaire organisé le 5 mars 2026 autour du thème : « Réforme foncière et droits des femmes : lever les entraves pour une législation inclusive ». Pensé comme un Free Talk, c’est-à-dire une causerie éducative ouverte, participative et orientée vers le dialogue, ce cadre a réuni différents profils de participants : femmes rurales et agricultrices, femmes entrepreneures, jeunes engagés, étudiants, chercheurs, membres d’organisations de la société civile, acteurs de la réforme foncière, ainsi que des personnes intéressées par les enjeux de genre, de gouvernance foncière et de justice sociale.

Pour la CFN, cette initiative répondait à un enjeu majeur : faire en sorte que la réforme foncière en cours ne se limite pas à une refonte technique des textes, mais qu’elle devienne également une opportunité de corriger les inégalités persistantes dans l’accès, l’usage, le contrôle et la sécurisation des terres par les femmes.
Au Cameroun, les femmes jouent un rôle central dans la production agricole, la sécurité alimentaire, la gestion des ressources familiales et la stabilité économique des communautés. Pourtant, elles continuent de faire face à de nombreuses entraves culturelles, sociales, économiques et juridiques en matière foncière. Dans plusieurs contextes locaux, l’accès des femmes à la terre demeure limité par des normes coutumières discriminatoires, des pratiques successorales inégalitaires, une faible connaissance des droits existants, un accès restreint aux procédures administratives, ainsi qu’une faible représentation dans les instances de décision foncière.
Dans ce contexte, la Journée internationale des droits de la femme a offert une occasion stratégique pour revenir sur ces réalités, documenter les obstacles et formuler des recommandations avant que le socle de la législation foncière ne soit reconstruit. La participation de la CFN à cette activité traduit ainsi son engagement en faveur d’une réforme foncière plus équitable, sensible au genre et attentive aux droits des groupes souvent marginalisés dans les processus de décision.
La discussion a bénéficié d’un panel d’intervenants aux profils complémentaires, permettant d’aborder la question foncière des femmes sous plusieurs angles.
Sur le plan juridique, Cédric Yasser Nzouakeu Nyandjou a apporté une expertise essentielle pour décrypter les failles du cadre actuel, identifier les limites des mécanismes de protection existants et ouvrir des pistes pour une meilleure sécurisation des droits fonciers des femmes dans la future législation.
Sur le plan sociologique et genre, les contributions de Saidou Safiatou et de Woyang Julienne ont permis d’analyser les pesanteurs culturelles, les normes sociales et les pratiques communautaires qui continuent d’influencer l’accès des femmes à la terre. Leur regard a permis de rappeler qu’une réforme foncière ne peut être pleinement efficace que si elle tient compte des réalités sociales dans lesquelles les règles juridiques sont appliquées.
À travers son expérience de terrain, Dr Diane Tapimali, Facilitatrice de la Coalition Foncière Nationale, a porté la voix des communautés et rappelé la nécessité de relier les réformes institutionnelles aux réalités vécues par les femmes rurales, les agricultrices, les jeunes femmes et les groupes communautaires. Son intervention a permis de souligner que les droits fonciers des femmes ne doivent pas rester une ambition théorique, mais devenir une garantie concrète dans les textes, les pratiques administratives et les mécanismes locaux de gouvernance.
La modération a été assurée par Lucy Agwésé, Présidente de Women Empowerment in Africa, une association à but non lucratif engagée dans la promotion et la protection des droits des femmes et des filles en Afrique. L’organisation agit principalement dans les domaines de l’éducation, de l’autonomisation et de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles. Sa contribution à cette activité a renforcé le lien entre droits fonciers, autonomisation économique et protection des femmes.
Les échanges ont permis d’identifier et de documenter plusieurs barrières actuelles à l’accès des femmes au foncier. Ils ont également mis en évidence les opportunités offertes par la réforme foncière en cours pour améliorer le statut des femmes, renforcer leur sécurité économique et soutenir leur participation au développement local.
Les bénéficiaires directs de cette initiative sont notamment les femmes rurales, les agricultrices, les femmes entrepreneures, ainsi que les acteurs impliqués dans la réforme foncière, en particulier les décideurs politiques et les législateurs. Mais les effets attendus d’un tel dialogue dépassent ces groupes. Les autorités traditionnelles, les familles, les organisations de la société civile, les étudiants, les chercheurs et l’économie nationale dans son ensemble sont également concernés, notamment en raison du lien direct entre accès équitable à la terre, souveraineté alimentaire, cohésion sociale et autonomisation des femmes.
À l’issue des discussions, plusieurs orientations fortes peuvent être retenues. La réforme foncière devrait intégrer de manière explicite l’égalité d’accès des femmes à la terre et prévoir des garanties contre les discriminations liées au genre. Elle devrait également renforcer la reconnaissance des droits fonciers des femmes dans les contextes coutumiers, faciliter leur accès à l’information juridique et administrative, encourager leur représentation dans les instances locales de gouvernance foncière, et protéger leurs droits dans les situations de succession, de mariage, de séparation ou de transmission familiale des terres.
Les échanges ont également rappelé l’importance de sensibiliser les autorités traditionnelles, les familles, les organisations communautaires et les administrations locales afin que les réformes juridiques soient comprises, acceptées et appliquées au niveau local. Une loi inclusive ne produit des effets durables que lorsqu’elle est accompagnée d’un travail de pédagogie, de dialogue social et de transformation progressive des pratiques.
En prenant part à cette initiative, la Coalition Foncière Nationale confirme son rôle d’acteur de plaidoyer et de mobilisation pour une gouvernance foncière centrée sur les droits, l’équité et l’inclusion. Sa contribution a permis de faire entendre une exigence essentielle : la réforme foncière ne peut être considérée comme responsable si elle ne répond pas aux obstacles spécifiques rencontrés par les femmes dans l’accès à la terre.
À travers ce Free Talk organisé avec l’AJEF et les partenaires associés, la CFN a contribué à créer un espace de discussion utile entre expertise juridique, analyse sociale, expérience de terrain et engagement citoyen. Cette démarche rappelle que la terre n’est pas seulement un bien économique ou un objet administratif ; elle est aussi un levier d’autonomie, de dignité, de sécurité alimentaire et de justice sociale pour les femmes.
Dans un contexte de réforme, l’enjeu est désormais clair : faire des droits fonciers des femmes non pas une question périphérique, mais un pilier central de la future législation foncière au Cameroun.