Comment le RDUE pourrait soutenir cette main-d’œuvre essentielle, invisible et exploitée
En prévision de la mise en œuvre du Règlement européen sur la déforestation (RDUE), le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) et Fern ont analysé le rôle central des femmes dans le secteur du cacao au Cameroun, ainsi que les impacts potentiels du RDUE sur le respect de leurs droits.
L’étude fournit une documentation détaillée sur l’invisibilité du travail des femmes et la violence qui y est associée. Elle analyse l’insécurité foncière, les inégalités de revenus, le manque d’accès à l’information et à la formation, la domination masculine au sein des coopératives et la vulnérabilité particulière des femmes autochtones.
Elle révèle les différentes perspectives à travers lesquelles le RDUE peut être perçu :
Vu de Bruxelles, le RDUE est avant tout un mécanisme de gouvernance des chaînes de valeur. Il a des exigences en matière de traçabilité jusqu’à la parcelle, de zéro déforestation à partir de 2020, de démonstration d’une utilisation légale des terres, d’une analyse des risques menée par les opérateurs et, enfin, en matière de contrôles renforcés aux frontières.
Vu depuis un village du centre, du sud ou de l’est du Cameroun, la réalité est tout autre. Dans ces régions, le cacao est une culture de rente, un filet de sécurité économique et un symbole de statut social. Il façonne les paysages, les relations de pouvoir et les trajectoires de vie. Dans l’ombre de cette économie, les femmes jouent un rôle central mais sous-estimé. Les inégalités de genre ne sont pas seulement un problème social : elles ont un impact sur la résilience économique à tous les niveaux, car elles influencent la productivité, la résilience du secteur et la compétitivité à long terme.
Comprendre la réalité des femmes n’est pas un « plus », c’est une condition préalable à la mise en œuvre du RDUE pour atteindre ses objectifs en matière de climat et de justice sociale, ainsi que de résilience économique des pays et des entreprises qui dépendent de cette culture.
Le rapport se termine par des recommandations visant à garantir que la future mise en œuvre du RDUE assure non seulement la protection des forêts, mais aussi les droits des femmes, en particulier ceux des communautés locales et des peuples autochtones. Il s’agit notamment d’élaborer des leviers politiques et réglementaires en matière de renforcement des capacités, d’incitations et de garantie des droits fonciers.