- Un secteur sous pression : durabilité, prix et conformité
- Une ambition claire : faire du RDUE un levier de justice sociale
- Messages arrêtés le 29 janvier 2026
- 🔹 À l’attention du Ministre du Commerce
- 🔹 À l’attention du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural
- 🔹 À l’attention du Ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF)
- 🔹 À l’attention des partenaires internationaux au développement
- 🔹 À l’attention du CICC
- 🔹 À l’attention des institutions bancaires
- Une dynamique collective pour 2026
Les 28 et 29 janvier 2026, le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), FERN, FGDH et le Voice Cocoa Network ont réuni à l’Hôtel Tou’ngou (Yaoundé) organisations de la société civile, petits producteurs, peuples autochtones et partenaires techniques autour d’un enjeu stratégique : l’application en 2026 du Règlement européen zéro déforestation (RDUE) et ses implications pour la filière cacao camerounaise.
![[FR] SCREEN ATELIER copie 2](https://cedcameroun.org/wp-content/uploads/2026/02/FR-SCREEN-ATELIER-copie-2-1024x576.webp)
Dans un contexte marqué par la hausse des surfaces cultivées, la volatilité des prix et l’exigence croissante de traçabilité, l’atelier s’est donné pour objectif d’être un espace d’analyse, de coordination et de positionnement stratégique afin d’éviter que la transition vers un cacao durable ne se fasse au détriment des petits exploitants.
Un secteur sous pression : durabilité, prix et conformité
Les discussions ont mis en lumière plusieurs dynamiques structurantes :
- Une augmentation des acteurs et des volumes dans la filière, mais une instabilité persistante des prix, avec des difficultés pour les producteurs à bénéficier équitablement des hausses officielles.
- Des défis majeurs de traçabilité et de géolocalisation des parcelles, indispensables à la conformité au RDUE.
- L’existence d’un commerce transfrontalier illégal, notamment entre le Cameroun et la République du Congo, représentant environ 40 % de la production congolaise transitant sans traçabilité, avec des risques accrus de déforestation .
- Une perception du RDUE parfois vécue comme une contrainte technique lourde, voire une menace d’exclusion du marché européen pour les producteurs ne disposant pas de titres fonciers formels.
Les échanges ont également souligné l’importance d’intégrer la dimension genre : une étude présentée lors de l’atelier révèle une forte insécurité foncière (87 % des producteurs concernés), avec des inégalités significatives pour les femmes dans l’accès à la terre et à la reconnaissance juridique.






Une ambition claire : faire du RDUE un levier de justice sociale
Au-delà des aspects techniques, les organisateurs ont insisté sur une lecture du RDUE comme instrument potentiel de transformation sociale, à condition :
- d’investir dans la formation des producteurs aux pratiques agricoles durables ;
- de renforcer les coopératives et leur gouvernance ;
- d’améliorer la coordination entre OSC, pouvoirs publics et partenaires internationaux ;
- d’assurer que les coûts de conformité ne reposent pas exclusivement sur les petits exploitants.
La première journée a permis d’identifier les enjeux prioritaires pour 2026 et de formuler des pistes de solutions. La deuxième journée (29 janvier) a été consacrée à l’élaboration de messages stratégiques destinés aux décideurs publics et aux partenaires au développement, en amont du dialogue politique de haut niveau organisé en soirée (Cocoa and Forest Drink)
Messages arrêtés le 29 janvier 2026
À l’issue des travaux de groupe, les participants ont adopté une série de recommandations structurées par acteur clé et qui seront présentés lors du dialogue politique de haut niveau :
🔹 À l’attention du Ministre du Commerce
- Instituer un prix plancher et renforcer le contrôle des prix, notamment dans les zones reculées.
- Améliorer l’accès des producteurs à l’information sur les prix.
- Renforcer les capacités des petits producteurs sur les mécanismes de fixation des prix.
- Introduire une ristourne proportionnelle aux volumes vendus.
- Rendre effectif le versement intégral de la prime de qualité.
- Assainir le circuit de commercialisation en excluant les acheteurs illégaux.
- Encourager les ventes groupées.
🔹 À l’attention du Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural
- Subventionner les intrants phytosanitaires et distribuer des semences améliorées.
- Doter les coopératives de magasins et renforcer leur gouvernance.
- Améliorer la communication sur le calendrier agricole.
- Valoriser les résultats de la recherche agricole.
- Promouvoir la cacaoculture féminine.
- Accompagner les peuples autochtones vers l’autonomisation agricole.
🔹 À l’attention du Ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières (MINDCAF)
- Assurer la cartographie des terres des peuples autochtones.
- Faciliter la sécurisation foncière des petits producteurs, femmes et jeunes.
- Simplifier l’obtention de certificats de droits fonciers coutumiers reconnus.
🔹 À l’attention des partenaires internationaux au développement
- Soutenir l’État et les acteurs clés dans la transition vers un cacao durable.
- Appuyer la transformation locale du cacao.
- Financer les programmes d’appui aux petits producteurs.
- Soutenir la révision des modèles économiques des coopératives.
- Accompagner la mise en œuvre éventuelle d’une taxe à l’exportation.
🔹 À l’attention du CICC
- Vulgariser l’installation de centres d’excellence dans tous les bassins de production.
- Permettre aux producteurs d’accéder aux données de géolocalisation de leurs parcelles.
🔹 À l’attention des institutions bancaires
- Faciliter l’accès au crédit pour les petits producteurs.
- Accompagner les coopératives dans le financement des exploitants.
Une dynamique collective pour 2026
Cet atelier marque une étape structurante dans la préparation du Cameroun aux exigences du RDUE. Il confirme que la conformité ne pourra être effective que si elle s’inscrit dans une approche intégrée : économique, sociale, foncière et environnementale.
L’année 2026 sera décisive.
L’enjeu n’est pas seulement d’exporter du cacao conforme, mais de garantir que cette conformité renforce les droits, les revenus et la résilience des petits producteurs, des femmes et des peuples autochtones, tout en protégeant les forêts.
La transition vers un cacao durable ne sera crédible que si elle est juste, inclusive et co-construite.
