Appel à communication - Colloque international de l'APAD
CDN 3.0 du Cameroun : la Coalition Foncière Nationale plaide pour une ambition climatique ancrée dans la sécurité foncière
Présence vietnamienne dans l’exploitation du bois au Cameroun

CDN 3.0 du Cameroun : la Coalition Foncière Nationale plaide pour une ambition climatique ancrée dans la sécurité foncière

Du 22 au 24 octobre 2025, la Coalition Foncière Nationale (CFN) a pris part, à l’Hôtel Mérina de Yaoundé, aux travaux de validation technique de la troisième génération de la Contribution Déterminée au niveau National du Cameroun, plus connue sous l’appellation CDN 3.0. Cette participation s’inscrit dans une préoccupation centrale portée par la Coalition : faire en sorte que l’ambition climatique nationale ne soit pas seulement mesurée en tonnes de carbone évitées ou en hectares restaurés, mais aussi à l’aune de la protection effective des droits fonciers des communautés locales et des Peuples Autochtones.

L’atelier national de validation de la CDN 3.0 est intervenu dans un contexte stratégique pour le Cameroun. En tant que Partie à l’Accord de Paris, le pays est appelé à définir, actualiser et renforcer ses engagements climatiques, à travers des mesures d’atténuation, d’adaptation et de résilience. La CDN constitue ainsi l’un des principaux instruments par lesquels l’État fixe ses priorités climatiques, mobilise des financements et organise l’action publique autour de secteurs clés tels que l’agriculture, les forêts, l’énergie, les transports, l’industrie, les déchets et l’aménagement du territoire.

Pour la Coalition Foncière Nationale, cette étape représentait une opportunité majeure : rappeler que les politiques climatiques ne peuvent produire des résultats durables si elles ne prennent pas suffisamment en compte la question foncière. Les communautés rurales, les femmes, les jeunes, les éleveurs, les pêcheurs, les agriculteurs et les Peuples Autochtones sont à la fois parmi les plus exposés aux effets du changement climatique et parmi les premiers concernés par la mise en œuvre des projets d’adaptation et d’atténuation. Reboisement, restauration des terres, conservation, agroécologie, foresterie communautaire, création d’aires protégées ou développement de projets carbone : toutes ces initiatives reposent sur l’accès, l’usage, le contrôle et la sécurisation des espaces.

La CDN 2.0 du Cameroun contenait déjà plusieurs avancées importantes. Elle identifiait notamment l’exploitation forestière, faunique et minière illégale et anarchique, l’utilisation non contrôlée des terres pour l’agriculture itinérante sur brûlis, ainsi que le développement non durable de l’agro-industrie comme des facteurs de déforestation. Elle reconnaissait également la dépendance des populations rurales aux activités agricoles et pastorales, dans un contexte de baisse de productivité des paysages et de dégradation des terres.

Cette CDN intégrait aussi plusieurs orientations pertinentes du point de vue de l’aménagement durable du territoire : l’élaboration de Plans d’Affectation des Terres sensibles, l’amélioration de la gouvernance foncière, la promotion de l’agroécologie, la réduction des conflits agro-pastoraux, la réduction de la vulnérabilité de l’élevage, la résilience des forêts face aux changements climatiques, ainsi que la plantation d’arbres sur de vastes superficies de terres dégradées. Elle reconnaissait par ailleurs la création de forêts communautaires et la mise en cohérence du système foncier comme des enjeux importants du secteur forestier.

Cependant, du point de vue de la CFN, ces avancées demeuraient incomplètes. La CDN 2.0 restait insuffisamment explicite sur le rôle de la sécurité foncière des communautés locales et des Peuples Autochtones dans la réussite des solutions climatiques envisagées. Elle appelait à l’amélioration de la gouvernance foncière, sans préciser suffisamment comment la réforme foncière en cours devait contribuer à renforcer la lutte contre les changements climatiques. Elle ne conférait pas non plus un rôle assez clair aux communautés dans la mise en œuvre des solutions climatiques, alors même que celles-ci vivent directement des terres, des forêts, des pâturages, des cours d’eau et des ressources naturelles concernées.

C’est dans cette perspective que la participation de la Coalition Foncière Nationale aux travaux de validation de la CDN 3.0 a pris tout son sens. Au-delà de la présence dans un cadre technique national, la CFN a porté une lecture essentielle : le foncier ne doit pas être traité comme un sujet secondaire ou indirectement absorbé par la planification spatiale. Il constitue une condition de faisabilité, de justice et de durabilité des politiques climatiques.

Au sortir de la première journée de travail, la Facilitatrice de la CFN, Dr Diane Tapimali, a ainsi rappelé un point fondamental : « Le foncier ne saurait être noyé dans la planification spatiale : celle-ci détermine le cadre d’action — où et comment les projets climatiques peuvent être mis en œuvre sur le territoire national — alors que le foncier détermine leurs conditions de réalisation : droit de propriété, d’accès et d’usage des espaces nécessaires. »

Cette clarification est déterminante. La planification spatiale permet d’organiser les usages du territoire, mais elle ne résout pas, à elle seule, les questions de droits, de tenure, de légitimité, d’accès, d’indemnisation, de consentement et de gouvernance. Or, sans sécurité foncière, les projets climatiques peuvent créer de nouvelles tensions, renforcer les vulnérabilités existantes ou devenir des facteurs d’accaparement des terres. À l’inverse, lorsque les droits fonciers sont reconnus et sécurisés, les communautés deviennent des actrices à part entière de la résilience climatique, de la restauration des paysages et de la gestion durable des ressources naturelles.

La CFN a donc plaidé pour que la CDN 3.0 du Cameroun affirme plus clairement le lien entre justice climatique et justice foncière. Dans le secteur AFAT — agriculture, foresterie et autres affectations des terres — cette articulation est particulièrement stratégique. Les solutions climatiques y sont directement liées à la terre : restauration des terres dégradées, agroécologie, gestion durable des forêts, protection de la biodiversité, production fourragère, réduction des conflits agro-pastoraux, foresterie communautaire, conservation et développement de puits de carbone.

Dans ce cadre, la Coalition Foncière Nationale recommande que la CDN 3.0 reconnaisse les droits fonciers comme un pilier de l’action climatique nationale. Cette reconnaissance doit aller au-delà d’une mention générale de la gouvernance foncière : elle doit se traduire par des orientations opérationnelles, des mesures spécifiques et des garanties sociales claires.

La CFN recommande notamment de reconnaître la sécurité des droits fonciers des communautés comme un préalable à la réalisation des objectifs d’adaptation et d’atténuation, en particulier dans le secteur AFAT. Elle plaide également pour l’intégration d’activités de foresterie communautaire, d’aires protégées communautaires et de Zones d’Intérêt Cynégétique à Gestion Communautaire, avec des superficies clairement définies, afin de donner une portée concrète aux engagements climatiques.

La Coalition insiste aussi sur la nécessité de prévoir des mesures spécifiques pour les jeunes, les femmes, les éleveurs, les pêcheurs, les agriculteurs et les Peuples Autochtones, aussi bien dans les zones forestières que dans les zones de savane. Ces groupes ne doivent pas être considérés uniquement comme des bénéficiaires finaux des politiques climatiques, mais comme des acteurs de leur conception, de leur mise en œuvre et de leur suivi.

Enfin, la CFN recommande que le Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP) des communautés riveraines soit garanti en amont de toute action climatique susceptible d’affecter leurs terres, leurs ressources ou leurs moyens de subsistance. Elle appelle également à l’adoption de mesures de prévention pour que les actions climatiques ne deviennent pas, directement ou indirectement, un nouveau vecteur d’accaparement des terres.

À travers cette contribution, la Coalition Foncière Nationale réaffirme une conviction forte : l’ambition climatique du Cameroun sera d’autant plus robuste qu’elle sera socialement juste, territorialement cohérente et foncièrement sécurisée. Dans un contexte où les financements climatiques et les projets basés sur la nature prennent une importance croissante, la sécurisation des droits fonciers n’est pas un obstacle à l’action climatique ; elle en est l’une des conditions de réussite.

La participation de la CFN aux travaux de validation de la CDN 3.0 marque ainsi une étape importante dans le plaidoyer pour une gouvernance climatique inclusive au Cameroun. Elle rappelle que les engagements climatiques nationaux ne peuvent être pleinement efficaces que s’ils protègent les droits des communautés, renforcent leur pouvoir d’agir et préviennent les risques de dépossession au nom de la transition écologique.

Abonnez-vous à la Newsletter pour profiter des Ressources Inédites😋

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez notre politique de confidentialité et conditions d'utilisation.
Ajouter un commentaire Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

⬅️Précédent

Appel à communication - Colloque international de l'APAD

Suivant➡️

Présence vietnamienne dans l’exploitation du bois au Cameroun