En décembre 2025, la Coalition Foncière Nationale (CFN) a pris part aux activités de sensibilisation des communautés locales sur les pratiques foncières responsables dans les départements du Mbam-et-Kim et de la Haute-Sanaga. Cette action a été conduite aux côtés du Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), dans le cadre du projet « La société civile participe à la formulation et à la mise en œuvre d’une politique foncière responsable au Cameroun », financé par la GIZ à travers le ProPFR.
À travers l’animation d’émissions radio diffusées dans les zones de Yoko et de Nanga-Eboko, la CFN a contribué à porter les messages de gouvernance foncière responsable au plus près des communautés concernées. Cette démarche répondait à un impératif majeur : rendre les enjeux fonciers compréhensibles, accessibles et discutables par celles et ceux qui vivent directement les conséquences des décisions liées à la terre.
Dans ces territoires, les pressions foncières se manifestent sous plusieurs formes : conflits agropastoraux, contestations autour des limites villageoises, bradage des terres, accaparement foncier, accès difficile à la terre pour les femmes et les jeunes, tensions entre agriculteurs et éleveurs, ainsi que faible maîtrise des mécanismes de prévention et de règlement des conflits. Ces dynamiques fragilisent la cohésion sociale, menacent les moyens de subsistance des communautés et limitent la capacité des acteurs locaux à participer pleinement à une gouvernance foncière équitable.
Face à ces défis, la sensibilisation de masse par la radio s’est imposée comme un outil stratégique. Dans des zones où l’accès à l’information juridique, administrative et institutionnelle reste parfois limité, la radio permet de toucher un public large, y compris les communautés rurales, les autorités traditionnelles, les groupes de femmes, les jeunes et les éleveurs-pasteurs. Elle permet aussi de traduire des notions souvent techniques — gestion foncière, sécurisation des droits, prévention des conflits, pratiques responsables — en messages simples, concrets et adaptés aux réalités locales.
La contribution de la CFN à ces émissions s’inscrit dans sa mission de plaidoyer, de veille et d’accompagnement en faveur d’une gouvernance foncière centrée sur les droits, l’équité et la participation. En s’associant à cette initiative, la Coalition a renforcé son rôle de plateforme nationale capable de relier les débats de politique publique aux réalités vécues dans les communautés. Elle a également contribué à faire entendre une position essentielle : la réforme foncière ne peut être efficace que si les populations sont informées, impliquées et outillées pour défendre leurs droits et assumer leurs responsabilités.


L’approche retenue a accordé une place importante aux acteurs locaux. Aux côtés du CED et de la CFN, l’accompagnement de l’autorité municipale, notamment des maires, a permis d’ancrer les messages dans les priorités de gouvernance locale. Les chefs des villages concernés ont également joué un rôle central en tant que dépositaires de l’autorité coutumière et médiateurs de proximité dans les situations de tension foncière.
La participation des groupes de femmes, dont certaines disposent d’une qualité de notable dans leurs communautés, a constitué un élément déterminant de l’approche. Dans les zones rurales, les femmes contribuent fortement à la production agricole, à la gestion des ressources familiales et à la stabilité sociale, tout en étant souvent confrontées à des obstacles persistants dans l’accès, l’usage et la sécurisation de la terre. Leur implication dans les activités de sensibilisation renforce donc la dimension genre de l’action foncière et rappelle que la gouvernance responsable des terres ne peut se construire sans une meilleure reconnaissance de leur rôle.
Les groupes de jeunes ont également été associés à cette dynamique. Leur présence est importante dans un contexte où l’accès difficile à la terre limite les perspectives économiques, favorise les frustrations et peut accentuer les tensions intergénérationnelles. Sensibiliser les jeunes aux pratiques foncières responsables, c’est aussi préparer une nouvelle génération d’acteurs capables de participer à la gestion durable des terres, à la prévention des conflits et au développement local.
Enfin, l’implication des éleveurs-pasteurs a permis de prendre en compte une dimension essentielle des conflits agropastoraux. Dans les zones de cohabitation entre activités agricoles et pastorales, la prévention des conflits exige un dialogue inclusif entre agriculteurs, éleveurs, autorités coutumières, collectivités territoriales et services compétents. En intégrant ces groupes dans la sensibilisation, l’initiative a contribué à promouvoir une approche plus équilibrée, attentive aux droits, aux usages et aux responsabilités de chaque catégorie d’acteurs.
Les émissions radio ont permis d’aborder trois dimensions complémentaires de la gouvernance foncière locale.
La première émission, intitulée « Comment améliorer la gestion foncière à Yoko et à Nanga-Eboko », a mis l’accent sur les bonnes pratiques de gestion foncière dans les villages. Elle a permis de rappeler l’importance de la concertation, de la transparence, du respect des règles coutumières et administratives, ainsi que de l’implication des communautés dans les décisions relatives à la terre.
La deuxième émission, « Prévention et gestion des conflits fonciers à Yoko et à Nanga-Eboko », a porté sur les mécanismes permettant d’anticiper, de réduire et de résoudre les tensions liées au foncier. Elle a notamment mis en avant l’importance du dialogue local, de la médiation, de la clarification des limites, de la documentation des accords et de l’implication des autorités compétentes.
La troisième émission, « Au cœur de la gestion durable des terres à Yoko et à Nanga-Eboko », a élargi la réflexion aux pratiques de gestion durable et aux mécanismes de sécurisation foncière. Elle a permis de relier la question foncière aux enjeux de développement local, de protection des moyens de subsistance, de prévention des conflits et de résilience communautaire.
À travers ces émissions, la CFN a contribué à transformer la sensibilisation foncière en un exercice de dialogue public. L’objectif n’était pas seulement d’informer, mais aussi de renforcer la capacité des communautés à comprendre les enjeux, à identifier les risques, à prévenir les conflits et à participer plus activement aux processus de gouvernance foncière.
Cette action illustre l’importance d’une Coalition Foncière Nationale présente à la fois dans les espaces de plaidoyer institutionnel et dans les dynamiques communautaires. En accompagnant la diffusion de messages sur les pratiques foncières responsables, la CFN confirme son rôle de passerelle entre les politiques publiques, les collectivités territoriales, les autorités traditionnelles, les organisations de la société civile et les communautés locales.
Dans un contexte marqué par la pression croissante sur les terres, la prévention des conflits et la sécurisation des droits ne peuvent plus être traitées comme des questions secondaires. Elles constituent des conditions essentielles pour la paix sociale, le développement local, l’égalité de genre, la protection des moyens de subsistance et la mise en œuvre d’une politique foncière véritablement responsable au Cameroun.